đŸ”” Le mĂ©tro Ă  Paris pour apprendre l’empathie

Le texte qui suit est la réponse donnée à une amie qui me disait se sentir en marge, différentes des autres gens, déconnectée.

J’ai ce mĂȘme sentiment depuis l’enfance. En prenant les transports Ă  Paris, je vois tous ces gens qui se ressemblent beaucoup au niveau de leurs choix vestimentaires, de leurs activitĂ©s, de leurs rĂ©fĂ©rences. Ils semblent interchangeables.

Je les vois et je me dis « je ne suis pas comme eux, je ne le serai jamais, je ne ressens pas ce qu’ils ressentent, je ne ressens pas leurs intĂ©rĂȘts, leurs plaisirs, leurs peurs, leurs envies« . Et je vois toute la vie parisienne qui se passe autour de moi et moi qui suit une goutte d’huile dans cette mare. Alors je me demande « et si j’avais tort ?« .

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Travailler Ă  La DĂ©fense implique de prendre les transports en communs avec des millions de personnes tous les jours.

Paris est selon moi la ville parfaite pour les gens moyens. Les gens qui ne veulent pas prendre de dĂ©cisions, pour qui se conformer Ă  une norme suffit. À Paris, il suffit de faire comme tout le monde. Porter des Stan Smith, avoir un iPhone, retrouver ses amis en terrasse, voilĂ . Le boulot ne manque pas, les gens non plus, tu n’as qu’Ă  te laisser guider.

Le conformisme, ne pas prendre de dĂ©cisions, c’est trĂšs confortable pour beaucoup de gens. Cela Ă©conomise de l’Ă©nergie qui serait autrement dĂ©pensĂ©e dans des rĂ©flexions et choix qui ne seraient pas forcĂ©ment constructifs. Le cerveau humain est conçu de telle sorte qu’il favorise l’Ă©conomie d’Ă©nergie.

J’aime prendre des dĂ©cisions, j’aime les responsabilitĂ©s, j’aime ĂȘtre original et anticonformiste. Une vraie goutte d’huile. Alors que faire ? Essayer d’ĂȘtre comme les autres ?

Je l’ai fait, quand j’Ă©tais adolescent et peu sĂ»r de moi. Je suivais mes « potes », je sortais en boĂźte, je passais ma soirĂ©e Ă  boire avec des gens qui n’ont pas ouvert un bouquin de leur vie alors que ma chambre est une bibliothĂšque. Le naturel n’est pas revenu au galop : il n’Ă©tait pas parti, j’Ă©tais donc assez mal dans ma peau Ă  cette Ă©poque. Je souffrais encore plus de ma diffĂ©rence. C’est comme si tous les français sauf toi Ă©taient rayĂ©s de la carte et que tu te retrouvais en Chine. MĂȘme si tu pouvais communiquer avec les gens, vous ĂȘtes trop diffĂ©rents culturellement.

Alors un beau jour j’ai claquĂ© la porte au nez de mes « potes », j’ai acceptĂ© qui j’Ă©tais. J’ai aussi, au passage, acceptĂ© le concept d’avoir des faiblesses et des manquements. Il Ă©tait temps.

Et soudainement, toutes ces histoires comme quoi c’est important d’avoir plein d’amis, de sortir, de faire la fĂȘte, etc, tout ce que tu entends chaque jour au lycĂ©e, soudainement ça n’Ă©tait plus vrai.

J’ai peu d’amis, mais ce sont tous des gens qui parlent le mĂȘme langage que moi, avec qui on se comprend, mĂȘme si on communique seulement une ou deux fois par an par message, le contact est instantanĂ©.

Je continue d’observer la masse « normĂ©e » et parfois d’envier la simplicitĂ© qui s’en dĂ©gage, mais j’ai acceptĂ© que je ne pouvais que vivre en paix avec elle, que me fondre dans la masse Ă©tait la derniĂšre chose que je voulais au fond de moi.

Vivre en paix avec des gens diffĂ©rents, c’est les accepter pour ce qu’ils sont, et pour les diffĂ©rences et les incomprĂ©hensions entre eux et nous.

On en revient Ă  la philosophie.

J’ai beaucoup puisĂ© dans les philosophies stoĂŻciennes et taoĂŻstes Ă  ce sujet, elles enseignent Ă  accepter ce que l’on est et Ă  accepter ce que sont les autres. Ce n’est pas Ă©vident de ressentir de la sympathie pour un inconnu, mais il faut s’y exercer. Un sourire dans le mĂ©tro, une politesse. Un ancien collĂšgue est naturellement bienveillant avec tout le monde, sans raison spĂ©cifique. Il est Ă  la fois trĂšs apprĂ©ciĂ© et Ă©panoui dans sa vie. Toujours de bonne humeur. Selon lui, « on est tous dans le mĂȘme bateau de toute façon« , il faut ramer ensemble. (Oui Eric c’est de toi que je parle).

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La station de RER C « Porte Maillot« . Le fait qu’elle soit vide est absolument exceptionnel.

Un soir, j’ai donnĂ© un paquet de M&M’s Ă  un mendiant, le gars avait le sourire jusqu’aux dents. Un sourire sincĂšre, bienveillant. Des mendiants on en croise 10 par jour Ă  Paris, on vient Ă  m’en mĂ©fier : ce soit toujours les mĂȘmes aux mĂȘmes endroits. On dirait qu’ils ont leurs tactiques bien spĂ©cifiques, un vrai business. MalgrĂ© tout, derriĂšre le mec pas trĂšs beau, qui sent pas trĂšs bon et qui beugle aprĂšs les gens pour les inciter Ă  lui filer des centimes, y a le fils de quelqu’un, un enfant qui a grandi dans des circonstances qui l’ont amenĂ© lĂ . Et ça vaut aussi pour le type en costume Armani qui bouscule les gens dans le mĂ©tro ou pour la grosse mĂšre de famille et ses cinq enfants surexcitĂ©s qui braillent dans toute la rame.

Ce qui rend un ĂȘtre humain attachant, c’est sa faiblesse. Et les ĂȘtres humains sont trĂšs faibles.

Tout ce cheminement de paix intĂ©rieure et extĂ©rieure, ça aide Ă  se sentir moins seul, mĂȘme sans contact social. Le matin c’est le rush, tu es dans le mĂ©tro, Ă  une station tu descends pour laisser passer les gens, mais le mĂ©tro repart sans toi car trop de gens sont descendus. Tu vois les portes se fermer et tu vois un gars Ă  cĂŽtĂ© de toi Ă  qui il est arrivĂ© la mĂȘme chose, et vous rigolez ensemble. Un gars que t’aurais tout Ă  fait pu juger de prĂ©tentieux, pĂ©dant, inoriginal, avec son costume bleu marine et sa coupe frisĂ©e.

Et pendant un instant tu te sens proche de ce type, sans Ă©changer un mot.

Parce que ce type, mĂȘme si on a pas Ă©levĂ© les cochons ensemble et qu’on ira pas boire un coup Ă  la mĂȘme table, il a lui aussi ses faiblesses, ses problĂšmes, ses espoirs et ses craintes. Ses points communs avec moi, plus profonds que les apparences. Des points communs que tous les humains ont.

Empathy is needed most with people who seem to deserve it least.

Deepak Malhotra

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