ūüĒĶ Phantasy Star Online : business, culture et √©motions

Vous n’aimez pas trop qu’on vous voit pleurer (pourquoi, d’ailleurs ?), pourtant certains jeux de votre jeunesse vous ont arrach√© des sanglots et des larmes malgr√© vous. Par leur beaut√©, leur histoire touchante ou les obstacles qu’ils vous ont impos√© et que vous avez surmont√© avec patience et adresse.

Puis vous grandissez, vous vieillissez. Vous continuez de jouer sporadiquement. Et plus tard, ces sanglots et ces larmes vous viennent par nostalgie, parce que ce jeu que vous avez aim√© a trouv√© sa place dans son cŇďur.

Mais pourquoi devrions-nous nous retenir de pleurer et d’aimer une s√©rie de jeux vid√©o qui a marqu√© les deux tiers de notre vie ?

Aujourd’hui, avec mon cŇďur et ma t√™te, je vais vous parler de la saga Phantasy Star Online. Un succ√®s commercial premi√®rement, une oeuvre philosophique et artistique deuxi√®mement, une part importante de ma vie derni√®rement.

Introduction facultative aux non initiés

Si jamais le monde du jeu vidéo ne vous est pas familier, voici quelques petites choses à noter pour comprendre cet article.
Les sociétés Nintendo, Sony (PlayStation) et Microsoft (Xbox) sont les acteurs du marché des consoles de jeu.
La soci√©t√© japonaise Sega dont nous parlons ici faisait partie de ce march√© dans les ann√©es 1990 et s’en est retir√© pour se concentrer sur le d√©veloppement de jeux.
Un RPG ou jeu de r√īle est un jeu o√Ļ le joueur incarne un personnage disposant d’une feuille de statistiques comme le serait un jeu de r√īle papier. Un JRPG d√©signe un RPG japonais. Souvent ces jeux se jouent au tour par tour. Dans le cas de Phantasy Star Online, que nous abr√®gerons fr√©quemment en PSO, on parle d’ARPG pour RPG d’action, ou encore de hack’n slash.

Business : peut-on créer une fanbase conséquente en occident puis la faire patienter 8 ans ?

Je vais vous parler d’un temps que peu de moins de 25 ans ont connu. En fait, moi-m√™me je n’en ai pas connu la gen√®se. En 2001 sort sur Sega Dreamcast l’un des jeux pionniers du jeu en ligne sur console : Phantasy Star Online. Il s’agit alors du 5√®me opus d’une s√©rie de jeux de r√īle japonais, Phantasy Star.

Apparue en 1987 sur Master System, Phantasy Star se distingue alors des autres jeux de r√īle de l’√©poque par son ambiance √† mi-chemin entre science-fiction et fantasy. Trois autres jeux suivront avec un grand succ√®s commercial au Japon et en Am√©rique.
√Ä la fin des ann√©es 1990 et au d√©but des ann√©es 2000, le jeu vid√©o commence √† conna√ģtre des √©volutions majeures : la puissance des machines augmentent, permettant de proposer des graphismes en trois dimensions et la d√©mocratisation d’internet laisse entrevoir des possibilit√©s de services en ligne.

La Dreamcast sort en 1997 au Japon et un an plus tard en Am√©rique et Europe, avec la promesse de jeux en 3D et un √©quipement modem int√©gr√© pour relier la console √† internet. C’est sur cette base technique que Sega, via son √©quipe de d√©veloppement Sonic Team, va op√©rer un changement majeur et audacieux sur sa s√©rie Phantasy Star – une audace plut√īt rare chez Sega, c’est d’ailleurs le sujet de ce chapitre – celle de passer d’un RPG classique en 2D √† un RPG-action en 3D orient√© multijoueur. Une √©vidence aujourd’hui, mais pas √† l’√©poque. Il s’agissait du premier jeu de ce style sur console, au moment o√Ļ les RPG en ligne (MMORPG) sur PC n’avaient pas encore fait leurs preuves. On parle alors d’Everquest et d’Ultima Online, 5 ans avant la sortie du c√©l√®bre World of Warcraft.

La jaquette du jeu original insiste bien sur le jeu en ligne et la dimension internationale de ce dernier. La galerie de personnages fait comprendre au joueur qu’il a le choix des armes pour aborder l’aventure. Humain ou andro√Įde ? √Čp√©es ou magie ? Dans PSO vous devrez choisir √† la cr√©ation du personnage.
PSU et PSO2 seront plus souples à ce sujet et vous permettront de changer de classe de personnage.

Mais Phantasy Star Online ne s’apparente pas compl√®tement aux MMORPG PC. La principale diff√©rence r√©side dans l’architecture de l’aventure. Lorsque les MMORPG PC (et les jeux de r√īle classiques comme les anciens Phantasy Star) proposent un monde ouvert o√Ļ le joueur voyage de zone en zone, PSO propose un quartier g√©n√©ral assorti d’un t√©l√©porteur pour rejoindre les diff√©rentes zones du jeu. Il n’y a pas d’exploration. Ce syst√®me s‚Äôav√©rera pr√©curseur d’un genre diff√©rent de MMORPG, adapt√© √† des petits groupes de joueur (4 dans le cas de PSO), par opposition aux MMORPG PC o√Ļ tous les joueurs pouvaient se r√©unir dans le m√™me monde et jouer ensemble. Pr√©curseur vraiment ? Diablo sur PC (de Blizzard, √† qui l’on doit World of Warcraft) le faisait avant et PSO s’est ouvertement inspir√© de Diablo 1 (les d√©veloppeurs de PSO ont m√™me re√ßu pour consigne de jouer et de s’inspirer de Diablo lors du d√©veloppement du jeu), qui proposait un mode multijoueur pour petits groupes d√®s 1997.

Dans PSO, le joueur se cr√©√© un avatar parmi 12 classes de personnage, dont il peut ensuite personnaliser l’apparence. Son avatar int√®gre ensuite le d√©partement des Hunters sur le vaisseau spatial Pioneer 2.
Ce vaisseau fut envoy√© √† la suite d’un vaisseau-scout, Pioneer 1, afin de trouver une plan√®te propice √† la vie suite √† la destruction de l’habitat des colons. Pioneer 1 a trouv√© une plan√®te propice √† colonisation : Ragol. Elle a d√©but√© le processus et envoy√© des signaux positifs aux autres colonies. Mais √©videmment, quelque chose se passe et Pioneer 1 cesse subitement d’√©mettre. Pioneer 2 arrive dans l’orbite de Ragol et envoie ses Hunters enqu√™ter. Concr√®tement, le joueur va, seul ou en √©quipe, progresser dans les 4 mondes du jeu, combattre des monstres, r√©cup√©rer de l’argent et des √©quipements, gagner de l’exp√©rience et monter de niveau…

Le Dragon, boss du premier niveau, bien connu des joueurs.

PSO repose alors sur un business model par abonnement, la « Hunter License« , un abonnement mensuel ouvrant l’acc√®s aux serveurs de jeu. Rappelons qu’√† l’√©poque, nous sommes aux pr√©mices de l’internet grand public et que nous payons la connexion √† la minute. Jouer en ligne √©tait donc cher et techniquement complexe. Ce fut pourtant un succ√®s √©clatant. Une version am√©lior√©e du jeu sorti quelques temps apr√®s (« PSO v2 »), proposant une augmentation du niveau maximum des personnages ainsi qu’un mode de difficult√© « ultime ». Et il n’√©tait pas n√©cessaire de jouer en ligne pour profiter du jeu : toute l’aventure √©tait disponible en mode solo, avec les classiques s√©ances d’entra√ģnement de son personnage et de recherche d’objets rares. Les moments √©mouvants o√Ļ, apr√®s avoir pass√© sa soir√©e √† prendre des coups et √† avancer difficilement dans le dernier niveau du jeu, on arrive √† battre le dernier boss de justesse.

Car PSO est un jeu √©mouvant. La direction artistique fut largement salu√©e, que ce soit pour les choix esth√©tiques ou la musique grandiose. L’histoire du jeu est triste, le jeu a une ambiance globalement m√©lancolique, po√©tique. On y parle de disparition, de deuil, du changement et du passage du temps. Un contexte mature et touchant, qui marquera des dizaines de milliers de joueurs en occident. R√©√©dit√© quelques ann√©es plus tard sur des consoles plus √©volu√©es technologiquement avec une seconde aventure, le jeu conna√ģtra un succ√®s encore plus grand outre-Japon sur Microsoft Xbox et Nintendo Gamecube. Une derni√®re version sortie en 2005 sur PC et intitul√©e « Blue Burst » paracheva le succ√®s du jeu en occident. √Ä l’heure o√Ļ j’√©cris ces lignes, quelques centaines de joueurs jouent toujours quotidiennement √† « PSO:BB » sur des serveurs priv√©s (Ephinea proposant une exp√©rience « vanilla », Ultima proposant une exp√©rience plus « casual »), g√©r√©s par des communaut√©s de passionn√©s.

La suite est légèrement moins étincelante pour Sega. Souhaitant ouvrir un nouveau chapitre de la saga Phantasy Star, Sega propose en 2006 Phantasy Star Universe.
Le jeu est, en soi, tr√®s bon, il reprend les √©l√©ments qui ont fait le succ√®s de son a√ģn√© (jeu en ligne pour petits groupes, univers riche artistiquement, customization de l’avatar du joueur et qu√™te perp√©tuelle d’exp√©rience et d’objets rares). Pourtant avec PSU, Sega d√©butera une longue cha√ģne de petites erreurs avec sa saga. D’abord, le mode histoire du jeu. Le mode solo et le mode multijoueur du jeu sont dissoci√©s. En solo, le joueur incarne un personnage impos√©, Ethan Waber, ce qui d√©plaira fortement aux joueurs qui pr√©f√®rent se cr√©er leur propre identit√© dans l’aventure et entra√ģner leur personnage pour le jeu en ligne.
Le jeu sera aussi d√©crit comme √©tant incomplet et parfois frustrant, en raison de bugs ou d’une mauvaise ergonomie g√©n√©rale du jeu et des lieux visit√©s par le joueur. Mais les joueurs suivent malgr√© tout, le jeu se vendra plut√īt bien, surtout en Am√©rique du Nord.

On reconna√ģt ais√©ment le style d’interface. Les mondes de PSU sont plus ouverts que ceux de PSO et forment une suite logique √† l’Episode 4 vu dans Blue Burst.

Sega rectifie le tir quelques ann√©es plus tard en publiant une extension du jeu original : Ambition of the Illuminus. Une seconde erreur : cette version am√©lior√©e est pr√©sent√©e comme une extension et ne semble donc adress√©e qu’aux joueurs existants. Le jeu, grandement am√©lior√©, n’arrivera pas vraiment √† attirer de nouveaux joueurs. Le jeu est alors disponible sur PC, PS2 et Xbox 360. Nous sommes en 2007 et les joueurs PC sont alors plut√īt concentr√©s sur le best-seller World of Warcraft, la PS2 est remplac√©e par la PS3 (sur laquelle le jeu n’est pas publi√©) et donc le jeu ne tourne r√©ellement que sur sa version Xbox 360. Avec une fr√©quentation acceptable, les serveurs officiels fermeront en 2012.
Aujourd’hui un serveur priv√© permet de jouer gratuitement √† PSU sur ordinateur.

D’un point de vue gameplay, PSU enrichissait pourtant fortement les bases de PSO : le syst√®me de combat √©tait beaucoup plus dynamique. Lorsque dans PSO, vous √©tiez limit√© √† trois actions (attaque simple, attaque lourde et attaque sp√©ciale), PSU vous proposait d’apprendre des attaques sp√©ciales et combinaisons de mouvements au fil de l’aventure. Le jeu est plus rapide, plus nerveux et plus distrayant. La customization de l’avatar du joueur est plus pouss√©e et permet au joueur de d√©finir son propre style de jeu. Enfin les zones de jeux sont plus ouvertes et ressemblent moins √† des successions de salles anguleuses.

Sega encaisse le coup d’un succ√®s mitig√© pour ses opus Universe et d√©cide donc de concentrer ses forces sur les consoles portables Nintendo DS et Sony PSP, qui au Japon repr√©sentent alors le gros du march√©. En 2008, Sega publie Phantasy Star Zero sur Nintendo DS – un jeu plus inspir√© de PSO que de PSU – et surtout Phantasy Star Portable sur PSP, suite de PSU qui introduit quelques √©l√©ments de PSO qui avaient manqu√© aux joueurs.
La version PSP est un succ√®s imm√©diat au Japon et r√©alisera √©galement un excellent r√©sultat en occident… sur le parc existant de Playstation Portable, relativement faible. Sega poursuit donc avec Phantasy Star Portable 2 qui sera publi√© au Japon et en occident. Le jeu cartonne au Japon, un peu moins en occident malgr√© ses qualit√©s √©videntes. La r√©ception fut dithyrambique : le jeu est riche, amusant, a sa personnalit√© propre tout en respectant ses racines et permet de passer de bons moments en ligne. Sauf que la PSP est en fin de vie et que le march√© occidental n’est plus particuli√®rement friand de ce genre de console pour le gaming. Nintendo commence alors une longue domination (toujours ininterrompue en 2020) sur ce march√©, qui s’oriente plut√īt vers les familles et les jeunes joueurs.

Phantasy Star Portable 2 pr√©figure largement ce que sera Phantasy Star Online 2 quelques ann√©es plus tard : un gameplay dynamique et customizable par le joueur, des qu√™tes un peu plus courtes et vari√©es, un univers riche et une quantit√© astronomique d’objets √† ramasser.

Sega en d√©duit donc √† tort que la saga Phantasy Star manque de potentiel en occident et ne publiera la version finale de son jeu, Phantasy Star Portable 2 Infinity, seulement au Japon. Nous sommes alors en 2011. Quelques aficionados en Am√©rique et en Europe t√©l√©chargeront la ROM du jeu, certains allant jusqu’√† se mettre au japonais pour comprendre le jeu. Quelques traductions amateurs seront m√™me propos√©es.

Nous arrivons alors en 2012. Phantasy Star Online a 15 ans. La s√©rie Phantasy Star jouit d’une c√īt√© d’amour √©norme sur les trois principaux march√© du jeu vid√©o que sont le Japon, l’Am√©rique du Nord et l’Europe. Toutefois, en raison de choix de plateforme peu judicieux, les opus de la s√©rie PSU n’ont pas rencontr√© un succ√®s int√©ressant aux yeux de Sega hors du Japon. C’est pourquoi lors de l’une des annonces les plus importantes de l’histoire de la franchise, le d√©veloppement de Phantasy Star Online 2, le march√© occidental sera totalement ignor√©.

Fort d’une s√©rie Online qui a marqu√© toute une g√©n√©ration de joueurs et de l’exp√©rience acquise sur une s√©rie Universe qui a grandement enrichi le savoir-faire des √©quipes de Sega, PSO2 reprend les codes de PSO et les bonnes id√©es de PSU (combat dynamique, mondes plus ouverts, customization pouss√©e) et s’inspire des MMORPG les plus populaires pour proposer un jeu nettement plus riche et technique que PSO et PSU.

PSO2 s’appuie sur l’interface et le syst√®me de combat d√©velopp√© dans PSP2 et propose des graphismes beaucoup plus soign√©s. Toutefois, la finesse des graphismes n’a jamais √©t√© le gros point fort de la s√©rie et nous parlons d’un jeu de 2012.
On notera sur l’interface, comme dans PSP2 et par opposition au premier PSO, une barre de PP qui permet d’effectuer des actions sp√©ciales (attaque sp√©cifique, sorts). Cette barre de PP se remplit d’elle-m√™me. Il est donc davantage question de timing pour le joueur, que de simplement v√©rifier le niveau d’une barre de magie et de la recharger avec un objet une fois qu’elle est vide.

Frileux, Sega préfère concentrer sa franchise à la maison (tout comme elle le fera pour de nombreuses autres séries de son catalogue).

Le jeu propose un mod√®le « free-to-play » avec des transactions internes qui ne frustre pas les joueurs ne souhaitant pas d√©penser d’argent. Les aspects payants du jeu sont plut√īt orient√©s vers la customization de l’avatar du joueur et les collectionneurs et nostalgiques. Les prix sont relativement √©lev√©s mais les joueurs ne se plaignent pas : ils ne sont oblig√©s √† rien et peuvent simplement se faire plaisir sur un jeu qu’ils aiment.

Petite digression : PSO2 propose un syst√®me pluri-devises. C’est-√†-dire que le jeu int√®gre plusieurs sortes de monnaies diff√©rentes, chacune obtenue et utilis√©e de fa√ßon diff√©rente. Je note ce point car il se peut qu’il soit pr√©monitoire dans la r√©alit√© : le d√©clin de la confiance dans les grandes devises (EUR, USD…) et le gain de confiance dans les cryptomonnaies, qui proposent des fonctionnements et utilit√©s parfois bien distinctes, pourraient mener √† une situation similaire o√Ļ chacun aurait une somme d’argent « classique » mais aussi des devises « virtuelles » utilis√©es √† d’autres fins. Ce syst√®me existe d√©j√† sous forme embryonnaire avec les syst√®mes de points de fid√©lit√© de diverses enseignes ou les jetons de casino, par exemple. Nous y reviendrons potentiellement dans un futur article.

Le public occidental manifeste imm√©diatement son enthousiasme et son int√©r√™t et Sega recevra de TR√ąS NOMBREUSES sollicitations pour exporter son jeu. Sega n’en fera rien. Encore touch√© par la crise de 2008 et des r√©sultats commerciaux jug√©s moyens sur la p√©riode Universe, Sega entame une strat√©gie de fusions-acquisitions sur le march√© occidental en prenant le contr√īle de petites soci√©t√©s de d√©veloppement prometteuses comme Amplitude Studio (Endless Space), The Creative Assembly (Total War), Relic (Company of Heroes) et plus r√©cemment Two Point Studios.

Cette strat√©gie s‚Äôav√©rera plut√īt payante, la holding Sega ne se trompant pas sur ses investissements. De plus, le march√© local tourne √† plein r√©gime, que ce soit avec PSO2 ou avec d’autres titres tr√®s nippons comme Persona ou Shining (qui n’a plus grand chose √† voir avec les √©poustouflants jeux Shining Force des ann√©es 1990). Progressivement, Sega reprend du poil de la b√™te. Entre 2016 et 2019, Sega g√©n√®re des profits allant de 3 √† 28 milliards de yen par an. Le soleil brille √† nouveau au dessus de Shinagawa.

En 2019, Sega of America annonce la sortie de Phantasy Star Online 2 en Amérique du Nord au printemps 2020.

Bien s√Ľr que j’ai frissonn√©.

Parmi les dizaines de milliers de fans du jeu, il y en a toutefois quelques centaines ou milliers qui resteront indiff√©rents √† cette annonce. En 8 ans, une communaut√© de joueurs a d√©velopp√© des moyens de jouer √† la version japonaise du jeu et √† en traduire l’essentiel. Ainsi, si le jeu n’√©tait pas officiellement sorti hors du Japon, il √©tait d√©j√† jouable depuis longtemps. Le « Ship 02 » des serveurs japonais accueillait une grosse majorit√© de joueurs internationaux, sur un jeu qui ne fut jamais publi√© ni traduit hors de l’archipel du Japon. Certains rapporteront avec ironie, √† l’annonce de la sortie occidentale du jeu, que cela n’avait plus d’int√©r√™t pour eux puisqu’ils avaient eu le temps d’apprendre le japonais entre temps !
Toutefois, c’est peut-√™tre cette abondance de joueurs anglophones qui a convaincu Sega d’exporter le jeu hors du Japon.

Le jeu sort en Am√©rique du Nord sur le Windows Store en avril 2020 puis pour la quasi totalit√© du monde entier en ao√Ľt 2020 sur la plateforme Steam. Pas pour tout le monde ? H√© non ! Le jeu est techniquement un casino virtuel car il int√®gre des transactions intragame et des jeux de hasard (casino, tickets √† gratter payants…). Le jeu n’est donc pas publi√© en Belgique ou aux Pays-Bas par exemple, en raison des l√©gislations locales. Le jeu ne sera pas non plus publi√© sur cette plateforme dans la majorit√© de l’Asie Pacifique, les droits du jeu sur ces territoires √©tant d√©tenus par un publieur tiers ayant ses propres serveurs.
Note : l’interdiction de PSO2 dans certains pays pourrait faire l’objet d’un prochain article. Nous y parlerions de « gambling law ».

La sortie internationale du jeu est un succ√®s fracassant. Les serveurs sont plein et les transactions affluent. Pour Sega, il suffisait seulement de traduire le jeu et d’ouvrir des serveurs en Am√©rique du Nord (gr√Ęce √† une mise au point technique que je ne saurais expliquer mais impliquant Microsoft Azure et des calculs effectu√©s au niveau du client du jeu et non du serveur, le jeu est parfaitement fluide de n’importe o√Ļ dans le monde m√™me avec une connexion faible) pour donner acc√®s √† son jeu √† des dizaines de milliers de joueurs qui n’attendaient que √ßa.

Et ça a mis 8 ans.

D’un point de vue commercial, ce d√©lai est un int√©ressant. Sega a connu des hauts et des bas depuis le premier Phantasy Star Online. D’abord l’√©chec commercial (relatif) de la Dreamcast qui causa √† la marque de se retirer du march√© des consoles de jeu. Puis le carton de PSO dans le monde, des jeux PSU au Japon malgr√© leur √©chec (relatif encore une fois) en occident.

Est-ce qu’en 2012, Sega aurait pu se dire qu’il y avait un march√© rentable √† aller chercher hors du Japon ? Pour beaucoup de fans frustr√©s dont je fais partie, c’est √©vident que oui. Ces 8 derni√®res ann√©es ont vu l’essoufflement des MMORPG, avec un leader (World of Warcraft) en perte de vitesse et qui peine √† se renouveler. Les syst√®mes par abonnement ont √©t√© vaincus par le free-to-play, m√™me si certains jeux int√©grant cette politique sont profond√©ment injustes pour les joueurs ne souhait pas payer.

Nous conclurons cette courte analyse de ce choix en affirmant que oui, c’√©tait une erreur d’attendre 8 ans. Sega avait, en 2012, toutes les informations indiquant que le jeu avait un fort potentiel hors du Japon : plateforme commune en occident (PC, le jeu est d’ailleurs ensuite sorti sur PS4 et Xbox One), fanbase existante et loyale, vide croissant sur le march√© du MMORPG et perte de confiance des joueurs dans le mod√®le free-to-play exploit√© par des d√©veloppeurs peu connus.
Le co√Ľt d’exportation, √† l’√©chelle d’une firme comme Sega, est faible. Beaucoup de jeux largement moins cossus sont traduits pour des sommes tr√®s raisonnables. Restait la question des serveurs… elle-m√™me √† relativiser puisque Sega a ses bases en occident.

Sega a donc perdu potentiellement 8 ans de transactions intragame et le co√Ľt d’opportunit√© d’une base de joueurs/clients qui aurait pu √™tre d√©velopp√©e, √©duqu√©e et √©largie. La p√©riode 2012-2020 marque la banalisation totale du jeu vid√©o (comme en t√©moignent des ph√©nom√®nes comme Fortnite, Twitch et les vid√©os gaming en g√©n√©ral). Sega aurait pu en b√©n√©ficier avec un jeu de qualit√©, accessible et captivant.

Et pourtant, je tiens √† ajouter : merci Sega. Vous avez frustr√© vos fans occidentaux et sans doute perdu de l’argent, mais nous sommes d√©sormais des milliers √† nous √©clater sur PSO2.

Un mot sur le futur : Sega a annonc√© que la franchise PSO2 allait s’√©tendre avec un jeu « parall√®le et connect√© », New Genesis. Il s’agit d’un monde ouvert, chose jamais vu dans la s√©rie. Sega aurait-il repris go√Ľt √† l’audace…? Car l√†, Sega s’attaque directement aux titans de la cat√©gorie : World of Warcraft, The Elder Scroll Online, Final Fantasy XIV…

Culture : un jeu riche au delà de sa nature de jeu

Pour les joueurs du premier Phantasy Star Online, leur amour du jeu ne vient pas du gameplay (rigide et ennuyeux) mais plut√īt de l’univers et de l’atmosph√®re qui se d√©gage du jeu (en plus des classiques m√©caniques de r√©compense dites du « looting » – le joueur va passer du temps √† essayer d’obtenir un objet rare en jouant parfois tr√®s longtemps).

L’univers Phantasy Star Online est avant tout japonais. Le trait des personnages est assur√©ment manga (il existe d’ailleurs des mangas et anim√©s d√©riv√©s des jeux, notamment de PSO2).
On y retrouve des nuances de jardins zen (les arbres volants du lobby multijoueur m’ont tant marqu√© que je m’√©merveille constamment devant la « for√™t volante » de la gare d’Angers) et beaucoup de v√©g√©tation se m√™le √† une architecture futuriste faite de panneaux de verre, d’√©crans et de portes coulissantes.

Deux palmiers, un grand écran, une porte coulissante menant à un téléporteur et un plafond en panneaux de verre : bienvenue dans le monde de PSO.

Le th√®me de la nature et de l’impact humain est d’ailleurs important. Les jeux PSO, PSU et PSO2 ont cela de commun qu’ils parlent d’une colonie spatiale explorant ou s’√©tablissant sur une ou plusieurs nouvelles plan√®tes. L’exploration d√©bute syst√©matiquement par une d√©couverte de la faune locale dans des environnements paisibles. Le premier niveau est donc syst√©matiquement sylvestre : la for√™t de PSO, les plaines de PSU ou la for√™t de PSO2. Puis le joueur va s’embarquer dans des grottes, caves ou sous-terrains, g√©n√©ralement trouver des reliquats d’activit√© humaine (des mines, des carri√®res) et finalement aboutir (attention spoiler) √† des environnement propres ou affect√©s aux forces des t√©n√®bres (qui ont donc corrompu lesdites plan√®tes).

Faut-il y voir un message √©colo ? Ou un message philosophique. Les lieux naturels immacul√©s paraissent agr√©ables et cette sensation de confort et de paix va s’estomper jusqu’√† se retrouver face √† des structures impressionnantes et oppressantes √† la fois.

Mon lieu pr√©f√©r√© du jeu : la Jungle de l’Episode 2.

On note √©galement une √©volution g√©om√©trique des lieux visit√©s : les for√™ts, plaines et lieux naturels sont irr√©guliers, imparfaits, tandis que les lieux humains sont tr√®s carr√©s et anguleux (c’est particuli√®rement visible dans le premier jeu PSO). Puis les lieux cr√©es ou infect√©s par les forces des t√©n√®bres vont pr√©senter une g√©om√©trie complexe, qui n’est alors plus aussi naturelle pour l’homme (qui a tendance √† construire des pi√®ces carr√©es, rectangulaires ou circulaires). On peut faire un parall√®le avec les lieux de cultes comme les cath√©drales et mosqu√©es, dont la g√©om√©trie tr√®s riche a √©galement pour but de faire se sentir l’homme tout petit face aux √©l√©ments qui le surpassent.

Sur la fin du jeu, on retrouve les codes des monuments de culte humain : gigantisme, g√©om√©trie complexe, vitraux, sym√©trie partielle et lumi√®re √©th√©r√©e. Bien entendu, on y ajoute une atmosph√®re sombre et hostile. Le joueur comprend tout de suite dans quel genre d’endroit il se trouve et devine ce qui l’attend.

PSO tire une forte inspiration du cin√©ma de science-fiction, mais est √† la fois influenc√© et « limit√© » par l’aspect fantasy de l’univers. La technologie est √† la fois omnipr√©sente (t√©l√©porteurs, armes faites d’√©nergie concentr√©e, formes de vie biom√©caniques) et… absente. On n’emb√™te pas le joueur avec des d√©tails pseudo-scientifiques.
En cela, la technologie de PSO fonctionne comme la magie des univers fantastiques : elle se justifie elle-m√™me. La magie est pr√©sente dans PSO, de mani√®re √† la fois parall√®le et perpendiculaire √† la technologie. On vous dit que la technologie permet la magie (via un syst√®me de disques, dont j’ai oubli√© la logique). L’univers fait c√ītoyer tr√®s naturellement un soldat arm√© d’un fusil dans une armure peinte en camouflage avec un sorcier en robe arm√© d’un baton en bois. Il y parvient gr√Ęce √† une grande coh√©rence artistique et un style bien particulier, qui puise plus dans la SF que dans le fantasy mais sans renier ou contredire cette derni√®re. On voit cette dualit√© dans les v√™tements des personnages : color√©s, m√©langeant tissus et mati√®res plus rigides.

Sur cet artwork du premier jeu PSO, au premier plan, on voit de gauche √† droite une « Force » (personnage utilisant la magie), un « Hunter » (combattant √† l’√©p√©e) et un « Ranger » (avec un pistolet dans les mains). La coh√©rence graphique fait cohabiter le Ranger et la Force malgr√© des logiques diam√©tralement oppos√©.

Le personnage au dernier plan en est une autre illustration : elle a un bras bionique mais des vêtements dont la coupe semble inspirée de mondes de fantasy, mais qui semblent constituée de matières futuristes. Les oreilles en pointe des personnages féminins rappellent également les elfes, créatures de fantasy.

On notera la quantité de peau dévoilée par les personnages féminins par opposition aux personnages masculins : le jeu vise davantage un public masculin que féminin et se rend complice de permettre aux joueurs masculins de projeter leurs fantasmes sur leur avatar.
Dans PSO2, les hommes ont également droit à des vêtements plus légers et peuvent même se promener en sous-vêtements.

PSO2 a enrichit l’univers de plusieurs mani√®res. Dans un souci d’autopromotion au Japon, le jeu est sorti plus ou moins en m√™me temps qu’un anim√© √©ponyme comptant les aventures d’√©tudiants vivant des aventures sur PSO2 (et PSO2 finissant par d√©border dans leur vie – je ne sais pas comment, je n’ai pas regard√©). On retrouve ce jeu de miroirs entre jeu et r√©alit√© dans le 4√®me √©pisode du mode histoire de PSO2, o√Ļ le joueur se retrouve sur la plan√®te Terre pour sauver… une joueuse de PSO2 qui se fait attaquer par des monstres de PSO2 dans sa chambre.
Le jeu et la r√©alit√© se m√©langent autant que le permet un √©cran d’ordinateur et les d√©veloppeurs ont plaisir √† briser le quatri√®me mur. Le joueur est alors invit√© √† explorer les zones urbaines de Tokyo et Las Vegas pour y combattre des ennemis tr√®s farfelus tels que des h√©licopt√®res, des clowns, des tanks ou des zombies.
Un « d√©riv√© de folklore humain » qui finalement ressemble √† un trait d’humour et d’auto-d√©rision : on extrapole des √©l√©ments de danger per√ßus ou r√©els de notre monde dans le jeu, sans chercher de coh√©rence r√©aliste. Comme on le ferait pour des √©l√©ments imaginaires, o√Ļ l’on verrait des dragons vous affronter aux c√īt√©s d’autres cr√©atures h√©t√©rog√®nes (alors qu’elles se boufferaient dans la r√©alit√©).
En traitant dans le jeu la r√©alit√© comme un monde imaginaire, le joueur peut s’amuser √† r√©fl√©chir sur la coh√©rence de ses aventures et des mondes qu’il explore. Nous y voyons une r√©flexion sur l’imagination humaine et une invitation √† l’originalit√© et √† la cr√©ativit√©. D’accepter le beau dans l’absurde.

Vous combattez un sphinx dans Las Vegas. Le screenshot n’est pas de moi (trouv√© sur Google Images).

Le jeu puise all√®grement dans la culture japonaise. Les monstres sont inspir√©s des onis et yokais sur la plan√®te Harukotan (nom qui selon un wiki de fans, se compose du mot japonais pour printemps « haru » et du mot ainou pour ville « kotan »). On retrouve des mechas (pour combattre des monstres g√©ants, naturellement). Comme dans de nombreux produits culturels japonais, on retrouve le rapport au corps touch√© et d√©form√© par les radiations* – particuli√®rement dans le premier jeu dont c’est un th√®me primordial : les h√©ros de Pioneer se retrouvent habit√©s par des forces malsaines et leur corps change monstrueusement, en qualit√© d’h√īte. Au del√† de l’aspect monstrueux, nous avons l√† la parabole pr√©c√©demment cit√© du changement, de la mort/disparition, du deuil pour le peuple et les proches de ces h√©ros. Du temps qui passe.
*Note : je n’ai pas trouv√© de source en fran√ßais sur le sujet, mais il √©tait explor√© et explicit√© lors d’une exposition en 2017 au Centre Pompidou Metz. Je ne saurais donc le documenter, d√©sol√©.

Sans être connaisseur du folklore japonais, on devine aisément que la planète Harukotan puise dans la mythologie nippone.

Le jeu peut para√ģtre sombre, √† ce stade de votre lecture. Et il est vrai que Phantasy Star Online premier du nom √©tait un jeu m√©lancolique. Sans √™tre totalement d√©nu√© d’humour, les histoires qui s’y racontent sont tristes, font √©cho √† des √©tapes difficiles de la vie. Cette atmosph√®re est soulign√©e et magnifi√©e par une bande son qui a marqu√© son √©poque, avec des th√®mes orchestraux, des m√©lodies douces synth√©tiques s’inspirant du jazz et de la musique d’ambiance. Le jeu ne n√©glige rien : les histoires qu’il raconte sont simples et efficaces, les environnements sont soign√©s et originaux et la musique vous berce les oreilles. Dans le cas du premier opus, son gameplay en devient secondaire. On oublie qu’il s’agit de presser r√©p√©titivement les m√™mes boutons et d’esquiver des attaques pr√©visibles de la part d’ennemi peu intelligents pour s’enivrer de l’atmosph√®re du jeu. On prend parfois le temps de s’arr√™ter quelque part pour admirer les d√©cors, m√™me si le jeu date graphiquement du d√©but des ann√©es 2000. Parfois on prend le temps d’√©couter la musique. Certains th√®mes sont proprement √©mouvants et d’autres vous donnent des frissons. On appr√©cie le jeu autant pour ses m√©caniques que pour ce qu’il a offrir aux sens.

Ajoutez √† cela des souvenirs d’adolescence, vous aurez un jeu dont la charge √©motionnelle est particuli√®re.

Petit interlude entre deux chapitres : Phantasy Star Online Episode III C.A.R.D Revolution

Si vous connaissez bien la s√©rie, vous aurez noter un oubli dans le premier chapitre. Un jeu de la s√©rie Phantasy Star Online est pass√© au travers du r√©cit et je dois vous avouer que √ßa n’est m√™me pas volontaire. Essayons de nous resituer.

Phantasy Star Online sort donc sur Dreamcast en 2001, puis une « version 2 » sort sur la m√™me console quelques mois plus tard. Le jeu est ensuite adapt√© sur Gamecube et Xbox et enrichi d’une nouvelle aventure, intitul√©e « Episode 2« .
En 2003, peu apr√®s cette it√©ration, Sega se sent coupable d’avoir sorti trois versions d’un m√™me jeu et suppose que les joueurs souhaitent exp√©rimenter quelque chose de diff√©rent. Phantasy Star Online Episode 3 sera donc un jeu totalement diff√©rent du reste de la s√©rie. Il ne s’agit plus d’un jeu d’action-RPG mais d’un jeu de strat√©gie bas√© sur des cartes √† collectionner.

L’intro est la plus r√©ussie de la s√©rie √† mon go√Ľt, paradoxalement. On y reconnait bien l’univers de PSO mais avec une touche l√©g√®rement diff√©rente.
Oh, vous avez remarqué le nom du deuxième personnage ?!

Prenant les fans √† contre-pied, le jeu est pourtant acclam√©. Le syst√®me de jeu est ing√©nieux mais le jeu en soi souffre de quelques petits d√©fauts d’ergonomie qui nuisent l√©g√®rement au plaisir de joueur sur le long terme. Le jeu est donc tr√®s bon mais peu accessible et difficilement rejouable.

Un joueur de Phantasy Star Online Episode 1 & 2 pouvait jouer √† Episode 3 avec le m√™me abonnement « Hunter License » (mais devait naturellement acheter les deux jeux). Les serveurs officiels des deux jeux ont ferm√© en 2007. Le jeu de cartes n’ayant pas eu d’adaption PC comme le jeu « classique », on n’y retrouve pas une communaut√© aussi forte. Certains joueurs s’√©vertuent toutefois √† le rendre jouable en ligne via √©mulateur et plusieurs joueurs ont propos√© de refaire le jeu √† partir de rien.

Enfant curieux de la saga, il marquera fortement la s√©rie par sa musique et son sc√©nario, les deux variant l√©g√®rement du jeu PSO original et tra√ßant les grandes lignes de ce que seront Phantasy Star Universe puis Phantasy Star Online 2. Il y est mention pour la premi√®re fois des « Arks », qui deviendront un th√®me central dans Universe et Online 2.

Voici une petite minute de gameplay pour voir la diff√©rence. Pas d’action ici, on est sur un jeu de strat√©gie reposant sur des cartes √† collectionner.

√Čmotions : Phantasy Star Online, plus pr√®s du cŇďur que de la manette

Vous l’aurez certainement compris √† ce stade, cet article est une lettre d’amour √† une s√©rie de jeux qui m’accompagne dans ma vie depuis 17 ans et la version Gamecube. C’est pour cela que je ne peux pas aborder le sujet sans √©voquer l’aspect √©motionnel qu’il rev√™t chez moi (et chez d’autres fans de la saga – mais tout fan de toute saga vous dira qu’il en est √©motionnellement touch√© non ? Sauf qu’ici c’est mon blog).

Phantasy Star Online Episode I & II sur Gamecube est le dernier cadeau d’anniversaire que je recevrais de ma grand-m√®re paternelle avant son d√©c√®s. L’objet en soi est donc pr√©cieux √† mes yeux. La premi√®re fois que j’y joue : je pleure. Le petit gars que je suis est trop habitu√© au heroic-fantasy et n’a strictement aucun int√©r√™t pour la science-fiction, c’est le d√©boussolement total. Pourtant j’y reviens et j’accroche. Le mode multijoueur local me permet de convier mes amis et mon fr√®re √† jouer avec moi. Nous constituons une petite √©quipe dont l’effectif changera au cours du temps et avec qui je jouerai pendant 9 ans. Je n’ai jamais jou√© en ligne sur la Gamecube.

Dès 2003, je récupère mon porte-vues du cours de techno de 6ème pour y imprimer des pages liées au jeu. Je prenais PSO très au sérieux et tenais même un registre Excel de tous les personnages et joueurs. Nous avions 10 (!) cartes mémoires de GameCube dédiées au jeu, soit 40 personnages.
J’ai toujours ce document – et je le consulte encore !

Je raterai le virage Phantasy Star Universe, √† une √©poque de ma vie (15-20 ans) o√Ļ je crois que je dois me d√©tacher des jeux vid√©o pour m√Ľrir, laisser cela aux geeks. J’ai trop peur de ne pas devenir un mec cool. Il me faut quelque chose de plus discret : une Playstation Portable. Je vais donc passer des nuits enti√®res sur Phantasy Star Portable, puis sur Phantasy Star Portable 2, seul jeu pour lequel je me suis lev√© t√īt un matin pour l’acheter le jour de sa sortie.
Dans une p√©riode trouble de ma vie o√Ļ j’essayais de ne pas √™tre moi-m√™me, ces jeux me feront du bien.

Jusqu’√† l’annonce de PSO2 au Japon. D√©√ßu de ne pas voir le jeu sortir, je ferai partie de ceux qui tenteront l’aventure sur le tweaker Arks-Layer, la communaut√© qui s’est √©vertu√©e √† donner acc√®s √† tous √† un jeu r√©serv√© au Japon (merci √† eux, leur travail est formidable).

Toutefois je n’accrocherai pas ais√©ment, refroidi par le japonais omnipr√©sent, le manque d’explications et le manque de personnes avec qui jouer. Nous sommes alors en 2015 et je crois que la solitude est une mal√©diction. Je ne suis pas √† l’aise √† l’id√©e de me faire face, de passer du temps avec moi-m√™me. Oups, est-ce que cet article sur un jeu vid√©o commence √† parler de psychologie et de d√©veloppement personnel ?

Un long chemin de vie a √©t√© effectu√©, 5 ans plus tard, lorsque Phantasy Star Online 2 est enfin accessible sur Steam aux joueurs fran√ßais. Sa sortie co√Įncide avec un moment de ma vie o√Ļ, en recherche de r√©ponses, j’ai rendez-vous chez une hypnoth√©rapeute en r√©gion angevine. Elle m’enseignera, entre autres choses, que je dois me rapprocher de mon cŇďur. Et dans mon cŇďur, quoi que vous en pensiez, il y a Phantasy Star Online. Des jeux qui m’ont fait pleurer, sourire, rire, m’√©nerver, m’amuser. Seul et avec des amis pass√©s et pr√©sents. Avec ma famille. Avec ma petite amie. Avec des gens qui se sont √©loign√©s depuis. Avec certains qui nous ont quitt√© et √† qui je pense toujours.

Le nom de mon avatar, « Saigh », m’est venu en 2003 et je ne sais toujours pas d’o√Ļ. Probablement du cŇďur.

Annexe : « moi aussi je veux jouer √† PSO ! »

Si cet article vous a donn√© envie de jouer √† Phantasy Star Online ou Phantasy Star Online 2 √† votre tour, tr√®s bien, mais sachez que √ßa n’en est pas l’objectif. Cet article parle de ce que ces jeux repr√©sentent pour moi, ils ne pourront pas signifier la m√™me chose pour vous.

Avant de d√©buter l’aventure Phantasy Star Online 2, je vous encourage √† essayer le jeu original. Si vous avez peu de temps et de motivation √† y consacrer, contentez-vous de cr√©er un personnage et de finir le niveau de la for√™t. Si vous voulez approfondir l’exp√©rience, vous pouvez terminer les deux premiers √©pisodes en difficult√© Normal (la plus basse), ainsi que l’Episode 4 (ajout√© au jeu original apr√®s la parution de l’Episode 3, il y a de quoi s’y perdre…). L’Episode 4 a cela d’int√©ressant qu’il pr√©figure les mondes plus ouverts que nous trouvons dans PSU et PSO2, alors que les premiers mondes de PSO vous para√ģtront tr√®s lin√©aires et anguleux.

  • Le serveur Ephinea est le plus peupl√© et propose une exp√©rience fid√®le au jeu original. Comptez tout de m√™me une petite dizaine d’heures si vous voulez parcourir les quatre √©pisodes.
  • Le serveur Ultima, qui semble en train de mourir h√©las, propose une exp√©rience plus accessible avec un taux de gain d’exp√©rience largement augment√© pour une progression plus rapide. Je vous recommande de jouer sur Ultima si vous voulez simplement vous faire une id√©e du jeu.
  • Vous pouvez √©galement regarder des vid√©os du jeu sur Youtube, mais l’immersion ne sera pas la m√™me.

Enfin pour ce qui est de Phantasy Star Online 2, le jeu est disponible gratuitement sur Steam.
Lors de la cr√©ation de votre avatar, ne vous souciez pas trop de quelle race choisir, prenez celle qui vous pla√ģt le plus. Pour ce qui est des classes, elles se jouent toutes diff√©remment mais prennent un peu de temps √† prendre leur saveur (avec le syst√®me de « skill points » que vous glanez en montant de niveau).
Choisissez la classe Hunter ou Ranger pour vous amusez rapidement. Ce jeu peut être tryhard ou bien joué tranquillement à votre guise, vous ne serez pas puni si vous y allez tranquille sans essayer de tout comprendre dès le début.

Et si vous voulez jouer avec moi, contactez-moi !

Post Scriptum

Je l’ai trouv√©e, mon vieux. Malgr√© nos diff√©rends, elle est pour toi.

J’ai une pens√©e particuli√®re pour les anciens amis avec qui j’ai beaucoup jou√© quand nous √©tions au coll√®ge et au lyc√©e. Je n’ai plus contact qu’avec deux d’entre eux mais je pense √† vous tous, malgr√© les diff√©rends et les chemins diff√©rents que nous avons emprunt√© depuis. Si vous passez ici, J. et N., faites signe pour une petite partie. Ma porte vous est ouverte, si vous le souhaitez.

Gif de 2007

Une réflexion sur “ūüĒĶ Phantasy Star Online : business, culture et √©motions

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