🛠 Apprendre, mémoriser

2020 marque le retour en force des formations en ligne et autres MOOCs. Une aubaine pour apprendre un sujet qui vous intéresse depuis toujours ou de rajouter une corde à votre arc.

Toutefois un problème se pose : vous ne savez pas apprendre. Ce n’est enseignĂ© nulle part. Les enfants retiennent grâce Ă  la plasticitĂ© ahurissante de leur cerveau, mais Ă  aucun moment l’Ă©cole ne vous a enseignĂ© comment apprendre et mĂ©moriser.

Cet article vous donnera des clés qui peuvent sérieusement transcender votre vie à moyen et long terme.

Crédit : Gerd Altmann

La mĂ©moire est Ă  la fois un sujet très ancien et très moderne. Les recherches neuroscientifiques Ă  son sujet battent leur plein au moment oĂą j’Ă©cris ces lignes. Toutefois, la pratique millĂ©naire de la mnĂ©monique et l’Ă©tat actuel des connaissances permettent dores et dĂ©jĂ  d’optimiser sa façon d’apprendre et de mĂ©moriser de nouvelles information. 

Apprendre est un processus ACTIF. Lire ne suffit pas, cela ne fait que « crĂ©er » une information dans votre cerveau, sans aucun lien neural pour y accĂ©der (hormis en relisant). C’est pourquoi, pour rendre une information utile, il faut la mobiliser.

Peu importe le sujet que vous Ă©tudiez. Cela peut signifier enseigner ce que vous venez d’apprendre (cela vous aidera mĂŞme Ă  mieux comprendre et Ă  crĂ©er des liens dans votre esprit), rĂ©Ă©crire et reformuler Ă  votre manière (vous vous demandiez pourquoi ces fameuses « fiches de rĂ©vision » fonctionnent ?), ou pour ce qui peut ĂŞtre directement mis en Ĺ“uvre, s’y mettre dès que possible. Bien sĂ»r que vous devez prendre des notes, si ce n’est pas dĂ©jĂ  le cas. 

Mais avant de rĂ©utiliser l’information acquise, il importe de bien gĂ©rer, stocker, digĂ©rer cette information. 

Voici quelques techniques très simples qui feront une diffĂ©rence en temps et en efficacitĂ©. 

1- Associations 

Quelque chose que tout le monde sait mais que peu appliquent, c’est que la mĂ©moire fonctionne optimalement par associations

La mĂ©moire dĂ©clarative (c’est-Ă -dire celle Ă  laquelle notre conscience Ă  accès) fonctionne selon une logique d’associations entre les informations. Lorsque dans votre cerveau s’activent les circuits neuraux propres Ă  une information (la couleur verte par exemple), les neurones connexes seront Ă©galement stimulĂ©s, ce qui fait que vous pouvez inconsciemment vous rappeler de certaines choses (des paysages verdoyants) et consciemment vous rappeler qu’il existe plusieurs nuances de vert. 

Les associations se renforcent de trois manières :  

  1. la quantitĂ© des liens Ă©tablis (vous pouvez surement citer 10 objets verts, mais combien d’objets fuschia Ă  pois gris ?
  2. les Ă©motions/sensations (l’objectif premier de la partie « primaire » de notre cerveau est la survie – et les Ă©motions et sensations sont des informations capitales pour survivre : par consĂ©quent, le cerveau les mĂ©morise en prioitĂ©) 
  3. la rĂ©pĂ©tition (solliciter plusieurs fois un circuit neural conduit Ă  son renforcement neurochimique : la myĂ©linisation). 

• QuantitĂ© : plus une information se rattache Ă  d’autres informations que vous connaissez dĂ©jĂ , et plus elle sera facile Ă  mĂ©moriser. Si vous parlez couramment anglais, vous mĂ©moriserez plus facilement un langage de programmation dont la syntaxe est en anglais, par exemple, car vous connaissez les mots qui servent de code et vous les comprenez. 

• QualitĂ© : plus une information a une charge Ă©motionnelle ou sensationnelle forte, et plus elle est mĂ©morable. Vous vous rappelez certainement de toutes les fois oĂą vous avez failli mourir, ou oĂą vous Ă©tiez en danger. C’est parce que dans ce cas de figure, l’Ă©motion est intense et le cerveau se met en mode d’alerte maximale pour gĂ©rer la situation. Dans une logique de survie, l’Ă©pisode est enregistrĂ© durablement dans le cerveau. Mais la peur n’est pas la seule Ă©motion pouvant renforcer une association mnĂ©monique, heureusement. 

En combinant ces deux Ă©lĂ©ments, on peut aboutir Ă  un petit conseil propre Ă  la mnĂ©monique (l’art de mĂ©moriser), qui est de lier ou de formuler une information de manière artificiellement « mĂ©morable »

L’un des secrets des mnĂ©monistes pour mĂ©moriser de très longues suites de nombre par exemple, est d’associer une image Ă  chaque chiffre (par exemple, une Ă©pĂ©e au chiffre 1, un crochet au chiffre 2, etc), puis de crĂ©er des combinaisons d’images mentales pour aboutir Ă  une grande image, suffisamment absurde pour devenir mĂ©morable. Cela ne fonctionne pas qu’avec les chiffres, et il n’y a pas de règles spĂ©cifiques.
En 3ème annĂ©e de licence de management, j’ai crĂ©Ă© une image mentale avec Cristiano Ronaldo pour retenir les soldes intermĂ©diaires de gestion (un concept d’analyse financière). C’est ridicule, et ça a super bien fonctionnĂ©

Certains exemples sont connus : Mais OĂą Et Donc Or Ni Car, Mon Vieux Théâtre Me Joue Souvent Une Nouvelle (Pièce). Et s’ils sont connus, ça n’est pas par hasard. 

Notez que la mĂ©morisation par association est la mĂ©thode « naturelle » d’apprentissage de l’ĂŞtre humain. Les enfants apprennent en faisant des liens et comparaisons entre une nouvelle chose et ce qu’ils connaissent dĂ©jĂ . Cette mĂ©thode est ensuite dĂ©construite Ă  tort par le système acadĂ©mique, hĂ©las. 

Tout est littéralement lié dans votre cerveau. Renforcer les liens à une information, une connaissance ou une compétence renforcent sa pérennité.
Crédit image : Pete Linforth

2- Importance de la rĂ©pĂ©tition 

La mĂ©moire est pĂ©rissable si elle n’est pas entretenue. C’est logique : si une information est inutilisĂ©e pendant un certain temps, le lien neurochimique va progressivement s’affaiblir. 

D’où l’importance de consolider les informations qui vous importent (préalablement mâchées).
6 Ă  10 fois, si nous sommes dans une logique d’apprentissage. 

Un peu plus haut nous Ă©voquions le processus de « myĂ©linisation », c’est-Ă -dire d’activer un circuit neural suffisamment de fois pour signaler son importance aux cellules cĂ©rĂ©brales chargĂ©es de la « maintenance du cerveau », qui viendront renforcer ce lien avec une couche d’une substance appelĂ©e myĂ©line. La myĂ©line est comparable aux gaines des câbles Ă©lectriques : elle protège et renforce. 

Ainsi, plus une information est « dĂ©clarĂ©e » dans le cerveau (Ă  intervalles distanciĂ©s, cependant) et plus elle sera fixĂ©e dans la mĂ©moire.  Elle sera Ă©galement plus rapide.

• Des outils pour la rĂ©pĂ©tition : un logiciel comme Anki vous permet de crĂ©er des « flashcards » : vous entrez un mot/phrase/question d’un cĂ´tĂ© et la rĂ©ponse de l’autre. Une fois vos flashcards crĂ©Ă©es, le logiciel vous affiche le mot/phrase/question et si le lien est fait dans votre esprit, la rĂ©ponse vous viendra Ă  l’esprit. Si vous ne trouvez pas, indiquez le au logiciel, qui fera ressortir la carte dans quelques minutes. Essayez ! C’est simple et gratuit. On peut mĂŞme trouver des decks de flashcards prĂ©-construits. 

En 3ème annĂ©e de licence, j’ai crĂ©Ă© un deck de flashcards sur le contenu de mon cours de marketing. La semaine de rĂ©vision pour les partiels Ă©tait intenses pour mes camarades. Je me rappelle notamment d’une amie qui passait ses journĂ©es Ă  la BU dès 8h et n’en revenait qu’Ă  22h pour ensuite rĂ©viser chez elle jusqu’Ă  1h du matin, quitte Ă  se priver de sommeil. Pour ma part, j’avais un programme prĂ©-Ă©tabli et je ne rĂ©visais en tout que 1h45 Ă  2h par jour (pour toutes les matières, pas pour chacune sĂ©parĂ©ment !). 

J’ai eu la meilleure note car j’avais retenu toutes les dĂ©finitions par cĹ“ur. En un temps de rĂ©vision largement infĂ©rieur Ă  la moyenne. 

J’Ă©tais Ă©galement dans le top quartile dans quasiment toutes les autres matières, en ayant passĂ© beaucoup moins de temps Ă  rĂ©viser que les autres. Je trouvais mĂŞme le temps de faire du sport tous les jours ! 

Pour optimiser cette stratĂ©gie, il convient de « rĂ©pĂ©ter » l’information Ă  des intervalles prĂ©dĂ©finis. Voici un exemple de planification des moments auxquels vous devriez relire un document dont vous souhaitez retenir le contenu : 

  • Maintenant 
  • dans une heure 
  • dans trois heures 
  • demain matin 
  • demain soir 
  • après-demain 
  • dans 5 jours 
  • dans 7 jours 
  • dans 10 jours 
  • dans 15 jours. 
Le fait que le système scolaire n’apprenne pas Ă  apprendre, et qu’il soit conçu en consĂ©quence, donne Ă  ceux qui apprendront Ă  se servir de leur cerveau un IMMENSE avantage. Vous pouvez cartonner tous vos examens en rĂ©visant moins longtemps que les autres, Ă  condition de bien appliquer les principes de la mĂ©moire.
Crédit photo : Nikolay Georgiev

3- Le « memory palace », la technique de mĂ©morisation historique 

Maintenant que vous ĂŞtes familiers des deux grands concepts de la mĂ©morisation, l’association et la rĂ©pĂ©tition, vous comprendrez aisĂ©ment la technique du « memory palace », une technique mnĂ©monique ancestrale grâce Ă  laquelle les pièces de théâtres de l’antiquitĂ© (et beaucoup d’informations historiques prĂ©-invention de l’Ă©criture) nous sont parvenues. 

Cette technique met en Ĺ“uvre tous les rouages d’une mĂ©morisation efficace. L’idĂ©e est de recrĂ©er dans votre esprit un endroit que vous connaissez bien (votre maison ou appartement, par exemple) et de s’en servir comme « support de visualisation » pour mĂ©moriser des choses dans un ordre Ă©tabli, dans votre esprit. 

L’idĂ©e est d’Ă©tablir un « circuit » dans l’endroit que vous vous reprĂ©sentez mentalement. Si par exemple je prends ma chambre, je peux commencer assis Ă  mon bureau, je regarde Ă  droite et voit une tablette, puis encore Ă  droite il y a ma bibliothèque, puis ma fenĂŞtre et son rebord, puis ma table de chevet, puis mon lit, puis ma penderie, puis mon Ă©tagère Ă  vĂŞtements, puis une autre Ă©tagère, puis un chevalet, puis la porte. Dans mon exemple, cela fait un ordre logique de 11 Ă©lĂ©ments. 

La technique du memory palace consiste Ă  disposer mentalement un Ă©lĂ©ment (ou une reprĂ©sentation mĂ©morable d’un Ă©lĂ©ment) Ă  chacun de ces emplacements. 

Imaginons que je veuille aller faire mes courses et que je doive acheter 11 choses hĂ©tĂ©rogènes (des litchis, de la mousse Ă  raser, un rumsteak, des yaourts…) et que je sois perfectionniste au point de vouloir regrouper ces choses d’une certaine manière (ordre alphabĂ©tique, alimentaire ou non, oĂą ils se trouvent dans le supermarché…). 

Je vais alors visualiser ces objets (ou quelque chose qui les Ă©voque) aux diffĂ©rents endroits de ma chambre : 

  • mon bureau recouvert de litchis (j’imagine l’odeur – ajouter des sensations & Ă©motions renforcent l’aspect mĂ©morable), 
  • de la mousse Ă  raser partout sur ma tablette (et qui formerait un « blob » de mousse Ă  raser, qui bouge et qui parle – plus c’est absurde et plus c’est mĂ©morable !), 
  • une bibliothèque oĂą les tranches de viande auraient remplacĂ© les livres (visualiser le sang de la viande qui coule), etc. 

Si je veux retenir plus de 11 Ă©lĂ©ments, bien entendu je peux ajouter des emplacements (sous mon bureau) ou bien une autre pièce. Encore une fois, votre imagination est la seule limite. Plus votre imagination travaillera, plus cette technique sera efficace ! L’imagination est la meilleure alliĂ©e de la mĂ©moire. Souvenez-vous des enfants et de leur capacitĂ© ahurissante Ă  apprendre comme des Ă©ponges. 

On se souvient mieux de ce qui est surprenant, drôle, menaçant, anormal.

On peut mĂ©moriser un jeu de carte entier en associant chaque carte Ă  une personne, un objet, etc, puis en les liant en fonction de l’ordre des cartes. 

Et bien entendu, rĂ©pĂ©tez votre « memory palace » pour vous en souvenir ! 

Les pièces de théâtre antique nous sont parvenues grâce Ă  ceux qui ont maĂ®trisĂ© la mnĂ©monique et notamment la technique du « memory palace ». On notera toutefois que, Ă  force de transmissions et de rĂ©pĂ©titions, certaines informations peuvent ĂŞtre altĂ©rĂ©es malgrĂ© tout. Nous restons humains.
Photo : jotahernandez21

4 – Connaitre les ennemis de la mĂ©moire 

C’est une chose de connaĂ®tre les bonnes pratiques de la mĂ©morisation, mais tout ceci ne servira Ă  rien si vous commettez les erreurs suivantes : 

  • Manquer de sommeil. La mĂ©moire se fixe pendant le sommeil. Ainsi après une longue journĂ©e de rĂ©vision, il est vital de s’assurer d’avoir une nuit complète de sommeil. Non seulement cela permettra Ă  votre cerveau de fixer le nouveau savoir, mais en plus vous serez plus frais pour vous en resservir et pour continuer Ă  apprendre de nouvelles choses. C’est pourquoi la fille qui se privait de sommeil pour rĂ©viser dès 8h du matin n’a pas eu de meilleurs rĂ©sultats que les autres (et en plus, son Ă©chec lui a fait croire qu’elle Ă©tait moins douĂ©e que les autres !
  • Boire de l’alcool. Une longue journĂ©e de rĂ©vision s’achève, les esprits sont fatiguĂ©s et veulent se dĂ©tendre. Alors on se rĂ©unit entre Ă©tudiants pour boire quelques bières, après tout ça ne peut pas faire de mal ? Et bien si, ça peut potentiellement rĂ©duire de 75% la fixation du savoir dans votre mĂ©moire. L’alcool ne fait jamais de bien au cerveau, et en plus il dĂ©tĂ©riore la qualitĂ© de votre sommeil, donc l’effet nĂ©gatif est double. 
  • Ne jamais faire de pause. Si vous ĂŞtes familier de WIP Corp, vous ĂŞtes familiers de la mĂ©thode Pomodoro. Cette mĂ©thode marche car elle Ă©quilibre convenablement le travail et le repos. Votre cerveau a besoin de repos pour bien assimiler une information. C’est d’autant plus vrai si ce que vous apprenez ne vous stimule pas outre mesure (des formules comptables, par exemple). Le cerveau exerce un effort (qui consomme rĂ©ellement de l’Ă©nergie) et comme tout organe Ă©nergivore, il a besoin de se reposer. La mĂ©thode Pomodoro propose le ratio idĂ©al (25/5) car le temps de concentration moyen d’un ĂŞtre humain est compris entre 25 et 45 minutes selon les gens. Vous pouvez Ă©galement faire 45/15 (c’Ă©tait mon ratio Ă  l’universitĂ©) ou 35/10, par exemple. 

Ce qui est bon pour votre cerveau est bon pour votre mĂ©moire ! Ainsi on peut ajouter que manger sainement (et notamment de bons acides, comme les poissons et fruits secs) participe indirectement Ă  mieux apprendre. L’exercice physique est Ă©galement largement prĂ©conisĂ© pour oxygĂ©ner le cerveau et donc bien le nourrir. 

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Vous avez désormais les bases essentielles.
Ce qu’il faut retenir, en bref : 

  1. La mĂ©moire fonctionne vraiment par associations 
  2. QuantitĂ©, Ă©motions, rĂ©pĂ©titions 
  3. Des outils existent pour ce qui est de la rĂ©pĂ©tition ou de la mise en forme de l’information 
  4. Le « memory palace« , avec de l’entraĂ®nement, permet de mĂ©moriser des jeux de cartes ou des pièces de théâtre en entier ! 
  5. Ne sous-estimez pas le repos et le sommeil 
  6. Ne sous-estimez pas l’importance d’une bonne hygiène de vie 

La seconde partie de l’article donnera des mĂ©thodologies pour organiser son apprentissage et rendre l’information plus facile Ă  apprendre, quelques techniques supplĂ©mentaires, et un peu de neurosciences pour mieux comprendre. 

Mais avant cela, petite entracte ! Prenez un peu de temps pour vous reposer dans votre lecture, pour digérer les informations que vous venez de recevoir. Vous pouvez prendre une minute pour survoler ce que vous avez déjà lu et prendre des notes. Ou bien fermer les yeux et méditer un peu.

Vous pouvez aussi regarder ce clip du meilleur pratiquant de boxe française de l’histoire :

François Pennachio est notamment célèbre sur internet pour avoir mis une raclée à Ramon Dekker, champion de muay thai.

Nous avons vu prĂ©cĂ©demment que pour employer au mieux son aptitude Ă  mĂ©moriser, il convenait de jouer sur trois aspects : l’association, la rĂ©pĂ©tition et l’aspect sensationnel/Ă©motionnel/absurde (ce qui rend une information mĂ©morable, intĂ©ressante, plutĂ´t que froide et sans saveur). 

Dans cette seconde partie de l’article nous allons apprendre comment prĂ©parer l’information afin de l’apprendre plus facilement. Comment maximiser la rĂ©tention (et la comprĂ©hension) de nouveaux Ă©lĂ©ments.  

1- Framework d’apprentissage : « mâcher » l’information pour la rendre digeste pour votre cerveau 

De nombreux blogs de dĂ©veloppement personnel soulignent l’importance de mettre en place un « framework » d’apprentissage. L’idĂ©e est de mettre en place un processus relativement standard qui permette de partir de l’information brute et d’aboutir Ă  sa comprĂ©hension et sa mĂ©morisation. 

L’auteur amĂ©ricain Tim Ferriss, cĂ©lèbre pour sa « Semaine de 4 Heures » (ou l’apologie du dropshipping avant que ça ne devienne mainstream) s’est penchĂ© sur la question dans son livre « The 4-Hour Chef » (non traduit en français). Ce livre part du principe qu’avec un bon framework d’apprentissage, vous pouvez maĂ®triser des connaissances ou une compĂ©tence bien plus rapidement qu’en essayant d’apprendre de manière « traditionnelle ». 

Ferriss propose deux frameworks, chacun reposant sur le mĂŞme principe : la loi de Pareto. Selon Ferriss, 20% des efforts peuvent produire 80% des rĂ©sultats (c’est la logique de son autre livre The 4-Hour Body, qui cherche comment le minimum d’entraĂ®nement gĂ©nère le maximum de rĂ©sultats) : 

DSS (DĂ©construire, SĂ©lectionner, SĂ©quencer) 

DĂ©construire â†’ repĂ©rer les informations clĂ©s, et les Ă©purer au maximum. 

SĂ©lectionner â†’ trouver les 20 % du document qui comprennent 80 % de l’information (ou bien ce qui vous intĂ©resse vous, c’est subjectif). 

SĂ©quencer â†’ mettre les informations dans un ordre qui vous semble logique. 

Ce framework s’applique bien pour un gros travail de synthèse. Vous avez par exemple un livre entier Ă  synthĂ©tiser, ou plusieurs articles acadĂ©miques. L’idĂ©e est alors de repĂ©rer les informations clĂ©s Ă  chaque chapitre ou article, d’abord en repĂ©rant les paragraphes, phrases etc qui les comportent. Puis il s’agit Ă  partir de ce premier travail de repĂ©rage, d’en retirer environ 20%, de synthĂ©tiser le tout autant que possible, de garder l’information clĂ©, les phrases qui permettent la comprĂ©hension d’un concept, les idĂ©es qu’il faut retenir absolument. Puis ordonner le tout d’une manière logique (ou qui vous semble logique). 

C’est la mĂ©thodologie suivie par cet article : vous y retrouvez 20% d’un contenu sĂ©lectionnĂ© au prĂ©alable dans plusieurs livres et articles, puis reformulĂ©s et rĂ©ordonnĂ©s. 

CaFE (Compression, FrĂ©quence, Encodage) 

Compression â†’ les 20 % du document qui contiennent 80 % de l’info doivent tenir sur une page A4. 

FrĂ©quence â†’ lire/Ă©tudier cette page A4 frĂ©quemment pour consolider la mĂ©moire. Un logiciel de « flashcards » comme Anki peut vous y aider. 

Encodage â†’ trouver des associations originales (voir partie « associations ») pour permettre une re-mĂ©morisation immĂ©diate des infos. 

Ce framework est plus adaptĂ© pour un seul document, une quantitĂ© d’information plus faible, centrĂ©e autour d’une information capitale. Par exemple si vous ĂŞtes Ă©tudiant(e) en finance de marchĂ©, ce framework se prĂŞte bien Ă  la constitution d’une synthèse sur le MEDAF (« modèle d’Ă©valuation des actifs financiers » ou CAPM en anglais – une formule financière très (trop) acadĂ©mique pour dĂ©terminer la rentabilitĂ© d’un instrument financier en fonction de son risque). 

Votre feuille A4 comportera la formule de valorisation d’un actif financier, mais aussi la logique derrière, les mathĂ©matiques et des exemples et associations pour vous assurer de retenir l’ensemble. 

Utilisez les deux framework de manière complĂ©mentaire 

Admettons que vous vouliez faire une fiche de synthèse de cet article. La mĂ©thode CaFE vous permettra de synthĂ©tiser chaque sous-partie dans un premier temps et construire une fondation pour la mĂ©moire. Puis la mĂ©thode DSS vous permettra de construire quelque chose de plus efficient sur ces fondations, en synthĂ©tisant encore les informations les plus capitales de chaque sous-partie dans un seul document. 

Regardez un peu ce fouettĂ© latĂ©ral ! On regrettera que l’assaillant ouvre autant sa garde, toutefois.
Photo : Sasin Tipchai
(Pourquoi il nous bassine avec la boxe française lui ? Ca cache quelque chose ?)

Ă€ propos de la prise de note

Quiconque me connaît un peu, sait à quel point je prêche pour des logiciels comme OneNote, Evernote, Notion ou Google Keep.

S’il y a au moins une chose que les bons Ă©tudiants savent sur l’art d’apprendre, c’est l’importance de la prise de note. Peu importe le format, vous devez prendre le temps de rĂ©flĂ©chir Ă  une structure de prise de note qui vous convient.

Enfin, les notes sont un processus en deux temps : on commence par l’acquisition et l’Ă©criture. Ensuite, il faut ĂŞtre capable de rĂ©interprĂ©ter l’information, de la reformuler. Si vous en ĂŞtes capable, c’est que vous avez compris l’information que vous avez prise en note. Si vous n’en ĂŞtes pas capable, alors vous savez ce que vous devez Ă©tudier.

2- SynthĂ©tiser l’information de manière logique pour notre cerveau 

Il est parfois compliquĂ© de synthĂ©tiser l’information dans un document texte. Des images et schĂ©mas sont d’une grande aide, notamment pour toutes les associations qu’ils permettent. 

Le texte lui, va se lire de manière assez linĂ©aire, « froide ». Il peut aisĂ©ment perdre l’attention.

 C’est pourquoi une bonne façon de schĂ©matiser l’information est de constituer des mind maps (ou cartes heuristiques). L’idĂ©e est de conserver les concepts clĂ©s du texte (que vous maĂ®trisez dĂ©jĂ  un minimum) et de les relier ensemble sur un plan en 2D, idĂ©alement assorti de couleurs et d’illustrations.

Pour illustrer le concept de mind map de la manière la plus simple, on a ici un titre reliĂ© Ă  diffĂ©rentes catĂ©gories de choses liĂ©es Ă  ce titre : des Ă©nergies, des modes de transport, des modes de communication… Ajoutez du texte, des contours, quelques notes, et vous aurez un excellent document pour mĂ©moriser tous les concepts exposĂ©s et comment ils intĂ©ragissent.
Illustration : GREGOR

Contrairement Ă  l’auteur Tony Buzan, dont le fond de commerce est d’apprendre aux gens Ă  employer leur mĂ©moire et Ă  faire des mind maps (je recommande ses livres), je ne crois pas qu’il soit nĂ©cessaire de particulièrement apprendre une mĂ©thodologie de mind maps. Une fois les principes clĂ©s compris (nĂ©cessitĂ© de clartĂ©, de synthèse et de « mĂ©morabilitĂ© » visuelle), chacun aura ses prĂ©fĂ©rences et pourra effectuer sa mind map comme il le prĂ©fère. 

La rĂ©alisation d’une mind map est un excellent exercice pour consolider l’information dans sa mĂ©moire, et pour y dĂ©tecter des « trous », des approximations ou des manques. 

Ca prend un peu de temps, ça peut ĂŞtre Ă©puisant mentalement, mais ça paie vraiment de le faire : je n’ai jamais eu moins de 15 dans une matière Ă  la fac oĂą je me suis donnĂ© la peine de faire une mind map – et souvent c’Ă©tait des matières oĂą je n’Ă©tais pas très bon Ă  la base, ce qui m’incitait donc justement Ă  aller plus loin. 

3- Quelques mĂ©thodes expĂ©rimentales ou controversĂ©es pour aller plus loin 

La lecture rapide 

Peut-on gagner en vitesse de lecture sans perdre en comprĂ©hension ? C’est assez difficile, mais en Ă©tant concentrĂ©, vous pouvez gagner un peu de vitesse. Attention toutefois : vous perdrez facilement de la comprĂ©hension, n’allez pas trop vite. Si vous gagnez ne serait-ce que 10% de mots lu par minute, c’est dĂ©jĂ  un effet cumulable de manière très importante. 

Un article de Cerveau & Psycho alerte sur les limites de cette technique

L’idĂ©e est qu’au lieu que les yeux « balaient » la ligne de texte, ils fassent des « sauts »

Les astĂ©risques*de ce paragraphe reprĂ©sentent oĂą*vos yeux devraient se*poser successivement pour*engranger l’info (note : vous aurez très*probablement besoin de*davantage de points*qui seront plus rapprochĂ©s*au dĂ©but – exercez*vous !) 

Cette technique nĂ©cessite de l’entraĂ®nement. Son exigence en concentration exige Ă©galement de faire des pauses : le cerveau humain a une capacitĂ© en temps de concentration limitĂ©e, qui dĂ©pend selon les individus, et qui peut se travailler comme un muscle. La moyenne, bien qu’elle descende Ă  notre Ă©poque, est d’environ 25 minutes. Visez 40. 

Exercez-vous Ă  faire ces deux choses quand vous lisez : 

  • ne plus « lire dans votre tĂŞte« , ne pas vocaliser en pensĂ©es ce que vous lisez. Collez votre langue Ă  votre palais pour vous y aider. 
  • lire en fixant des points Ă  divers endroits de la phrase, et en fixant ces points quelques fractions de secondes. Vos yeux doivent bouger d’un point Ă  un autre. Et vous l’aurez compris : trouvez votre rythme, vous aurez assez vite trouvĂ© une limite de vitesse au-delĂ  de laquelle vous perdez en comprĂ©hension. 

Augmenter son intelligence ? 

Il existe tout un livre sur le sujet : peut-on devenir plus intelligent ? Ce livre est « Smarter » de Dan Hurley, et je vous le dĂ©conseille fortement. Pourquoi ? Parce que justement, ce livre n’arrive pas Ă  prouver quoi que ce soit, et conclut en disant « vous pouvez essayer ceci ou cela, mais au fond on en sait trop rien« .

Devenir plus intelligent signifierait ĂŞtre plus crĂ©atif, avoir une meilleure mĂ©moire, rĂ©flĂ©chir plus vite… L’intelligence est un sujet bien trop complexe (et polĂ©mique) pour en dĂ©battre ici.  

Il existe toutefois un exercice pour augmenter sa « mĂ©moire fonctionnelle » ou mĂ©moire de travail (comme la RAM de l’ordinateur). Son efficacitĂ© est prouvĂ©e, Ă  condition d’en faire une pratique rĂ©gulière, pour ne pas dire intensive. 

Le dual n-back est un « jeu » dont le concept est de mĂ©moriser, sur une grille 3×3, l’ordre d’apparition de formes s’affichant brièvement. Je vous prĂ©viens, un cerveau non entraĂ®nĂ© s’Ă©puisera vite sur ce jeu, cognitivement très exigeant. 

Tout comme le corps, le cerveau peut ĂŞtre entraĂ®nĂ©. En ce sens, on parle gĂ©nĂ©ralement d’Ă©tudier, de lire et de voyager. Le dual-n-back peut-ĂŞtre perçu comme un entraĂ®nement similaire Ă  la musculation : c’est « brut » et on vise la performance.
Photo : franciscojcesar
Enfin, tout comme le corps et le cerveau, l’esprit peut ĂŞtre entraĂ®nĂ©.

Lire & se cultiver 

On ne le dira jamais assez : lire permet d’emprunter le cerveau d’un autre. Lire de nombreux livres (attention toutefois Ă  ne pas lire n’importe quoi, le « junk reading » existe bel et bien !) permet d’apprendre de nombreuses choses, de crĂ©er de nouvelles associations, avec de nouvelles idĂ©es, de dĂ©velopper la rĂ©flexion et l’esprit critique. 

Bien sĂ»r nous entendons par lĂ  de lire des livres ou des articles spĂ©cialisĂ©s, pas votre fil d’actualitĂ© ou la presse moderne, ouvertement sensationnaliste.

Vivre de nouvelles expĂ©riences, voyager, avoir une discussion ouverte d’esprit avec un(e) inconnu(e) sur un sujet que vous abordez rarement ou jamais, Ă©tudiez la psychologie humaine… voilĂ  autant de façons de faire travailler vos neurones et de grandir en tant qu’individu.

En conclusion

Apprendre et mĂ©moriser, ce n’est pas compliquĂ©. Mais ça n’est pas enseignĂ© Ă  l’Ă©cole. Cela pose de nombreux problèmes Ă  de nombreuses personnes pendant leurs Ă©tudes et mĂŞme après.
Le contenu de cet article n’est pas complexe ni vraiment dense. Prenez le temps de bien assimiler chaque idĂ©e et chaque technique, voyez ce qui vous plaĂ®t et ce qui marche pour vous, et vous vous serez rendu un Ă©norme service.

On apprend toute sa vie. Si quelqu’un vous dit qu’il en sait dĂ©jĂ  assez et qu’il n’apprend plus, cette personne va progressivement se transformer en drone.
En l’absence de stimulation cĂ©rĂ©brale, de crĂ©ations de nouvelles connexions, vos habitudes prendront le dessus sur votre activitĂ© quotidienne et votre cerveau « dĂ©branchera » votre conscience. Sans vous en rendre compte, vous serez en mode pilote automatique de manière quasi permanente. C’est le cas de nombreux individus, et ce phĂ©nomène peut se produire avant mĂŞme d’avoir 25 ans. Il peut durer jusqu’Ă  la mort.

Ne négligez pas votre cerveau. Vous aurez toujours quelque chose à apprendre.

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Sources :

  • « Brain Rules », John Medina (rĂ©sumĂ©
  • « Night School », Richard Wiseman 
  • « Moonwalking with Einstein », Joshua Foer
  • « The 4-Hour Chef », Tim Ferriss 

Autres lectures connexes et recommandĂ©es : 

  • « The Power of Habit », Charles Duhigg (rĂ©sumĂ©
  • « Made to Stick », Chip & Dan Heath 
  • « The Art of Learning »,  Josh Waitzkin
  • « NapolĂ©on joue de la cornemuse dans un bus« , Jean-Yves Ponce 

Logiciels pratiques : 

  • Anki (flashcards – apprentissage par la rĂ©pĂ©tition) 
  • FreeMind (logiciel de rĂ©alisation de cartes mentales) 
  • Brain Workshop (logiciel de jeu de n-back gratuit avec suivi de la progression) 

Cet article est basĂ© sur ma collaboration avec Abel Kendrick sur le blog Wicked Games, Â« Comment apprendre plus vite et mĂ©moriser comme une machine Â». Article Ă  reparaĂ®tre bientĂ´t, selon certaines rumeurs…

Cet article est une version amĂ©liorĂ©e d’un article de mon blog prĂ©cĂ©dent, publiĂ©e sur le blog WIP Corp.

Toute insinuation sur un sujet futur, Ă©voquant Ă  la fois les arts martiaux et la spiritualitĂ©, n’est sĂ»rement pas une coĂŻncidence.


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